« Qui est Souhail Chichah? », Extrait du livre « Quitter la réserve et refuser l’arène », aux « Editions du souffle ».

Alors qu’il a été diffamé plusieurs fois par de nombreux médias, nous voulions essayer de répondre à la question: « Qui est Souhail Chichah? » au travers de son parcours professionnel, académique et associatif.

Extrait du livre « Quitter la réserve et refuser l’arène », aux « Editions du souffle ».

En 1996, pendant ses études
d’ingénieur de gestion à la Solvay
Business School (ULB), Souhail
Chichah fonde le Cercle des Étu-
diants arabo-européens. Initiative
qui lui vaut le prix de l’Humanisme
de l’Université Libre de Bruxelles.
Sitôt fondé et sous sa direction,
le Cercle, en collaboration avec le
Librex (Cercle du Libre-Examen)
et l’Union des Étudiants juifs de
Belgique (UEJB) monte le projet
ULICE : un projet d’échanges et
de débats sur la question pales-
tinienne entre étudiants de l’ULB,
de l’Université de Ramallah et de
l’Université de Jérusalem.

 
Souhail Chichah quitte la prési-
dence du Cercle des Étudiants
arabo-européens pour prendre
la vice-présidence du Librex. En
tant que Président faisant fonc-
tion, et membre de la Fédération
des Étudiants francophones (FEF),
il participe activement à l’organi-
sation de la «Marche multicolore»
en compagnie de Roberto Do-
razio et de Gino Russo, contre la
fermeture des Forges de Clabecq,
entreprise sidérurgique dans la-
quelle travaillait son père, Abdel-
lah Chichah, comme ouvrier au
haut fourneau. Dans ce contexte,
Souhail lance une proposition de
débat public sur l’avenir de l’em-
ploi industriel en Wallonie.
 
Son intervention dans la manifes-
tation fait de lui une figure désor-
mais identifiée des médias. Inscrit
douzième sur les listes électorales
d’Ecolo aux élections législatives
de 1999, il décroche le sixième
score en nombre de voix. Il de-
vient alors attaché parlementaire
de Josy Dubié qui ambitionne de
travailler sur la criminalité finan-
cière et la finance éthique. Le sé-
jour de Souhail Chichah à Ecolo
est de courte durée : il quitte le
parti — au gouvernement — lors
de l’expulsion par la Belgique de
70 Roms. Expulsion qui vaudra
au pays une condamnation par
la Cour européenne des Droits de
l’Homme en 2002.
 
 (…) il devient directeur d’Eco-
Soc, centre d’entreprise d’éco-
nomie sociale de la FGTB. Dans
le même temps, il fait partie en
tant qu’expert économique de la
représentation de la FGTB auprès
de la Banque Nationale et du
Conseil Économique et Social. Le
nez dans les comptes d’Eco-Soc,
il découvre un montage financier
qui assure des revenus juteux à
ses supérieurs, lesquels tentent
de l’acheter en lui proposant un
poste «de choix». Souhail Chichah
démissionne. Peu de temps après
éclate l’affaire «Albert Faust».
 
Déçu tant par la politique institu-
tionnelle que par le milieu syn-
dical, il rentre dans le monde de
la consultance, dans un «big five»
anglo-saxon tout d’abord, ensuite
pour le groupe Bureau Van Dyck,
officine de consultance en straté-
gie et nouvelles technologies. (…)
Entre temps, son activité militante
se poursuit aux côtés du Collectif
contre les Expulsions. C’est la dé-
couverte de la réalité concrète des
«sans papiers».
 
Sa formation et son expérience
de gestionnaire amènent en outre
Souhail Chichah à participer au
développement d’un modèle éco-
nomique de micro- transferts (pe-
tites sommes d’argent pour les mi-
grants dans l’urgence ou qui n’ont
pas accès aux services bancai-
res), système qui leur permettrait
d’échapper à la rente que prélève
Western Union sur ce qu’ils en-
voient à leurs proches dans leur
pays d’origine. Le projet (…) sera
finalement torpillé par Western
Union malgré l’appui initial du Mi-
nistre des Finances belge et du
Roi du Maroc, qui saluera le projet
à grand renfort de publicité en le
faisant premier lauréat du salon
des inventeurs.
 
(…) Souhail Chichah est débauché
par la Loterie Nationale qui lui pro-
pose une place dans son Collège
de direction. Il devient directeur
commercial de la Loterie, véritable
vache à lait pour les pouvoirs pu-
blics et antichambre de relations
Sa déception vis-à-vis des partis
et des syndicats ne lui a pas ôté le
goût de la politique, mais il l’envi-
sage maintenant à partir du travail
scientifique : l’Université lui paraît
être un bon terrain pour travailler
sans compromission aux thémati-
ques qui l’intéressent. (…) il choisit
l’ULB qui lui offre un espace de li-
berté plus grand et une pression
moins importante pour travailler
à une thèse d’économie qui n’est
pas dans l’air du temps : un de ses
volets concerne la crise de surac-
cumulation du Capital, un autre
l’économie de la discrimination,
l’une et l’autre en rupture avec la
perspective néo-classique domi-
nante dans le milieu académique.
Très actif au moment de l’occupa-
tion du hall omnisports de l’Uni-
versité par plus de 200 sans-pa-
piers à l’automne 2008, Souhail
Chichah parvient à leur organiser
une rencontre avec Elio Di Rupo
dans le hall occupé, au grand dam
des autorités universitaires qui
jusque là dénonçaient l’occupa-
tion et mettaient en demeure les
occupants de vider les lieux.
troubles entre le politique et le big
business. Entré en conflit avec le
Ministre de tutelle (Rick Daems —
VLD), il quitte la Loterie Nationale
et, pendant trois ans, offre ses
services de consultant en straté-
gie et dans la gestion de différents
grands projets à l’étranger.(…)
L’engagement de Souhail l’amène
aussi à s’occuper pendant un an
de la gestion d’une salle de sport :
il convainc le propriétaire (une star
des arts martiaux) de mettre à dis-
position l’infrastructure qui sera
gérée en coopérative avec des In-
digènes sans-papiers ou sans em-
ploi. Si l’expérience tourne court,
elle permet cependant à certains
de décrocher travail et permis de
séjour.
La position politique de Souhail,
reposant entre autres sur l’anti-
capitalisme et la dénonciation de
l’indigénat, n’est décidément pas
soluble dans le champ politique
institutionnel. Afin de s’ouvrir un
espace d’expression, il participe à
la fondation des Indigènes de Bel-
gique dont il sera le premier pré-
sident.
Chercheur au département d’éco-
nomie appliquée tde l’ULB, Souhail
fait partie d’une équipe interuni-
versitaire chargée d’accompagner
l’INAMI dans la modélisation du
financement des soins de santé
en Belgique. Depuis 2008, il est
nommé assistant et donne les tra-
vaux pratiques d’économie poli-
tique dans plusieurs sections de
l’ULB tout en préparant une thèse
de doctorat. De front avec ses re-
cherches académiques, il dispense
des cours d’Économie politique à
l’Institut Cardijn jusqu’en 2010. En
2011, l’Université de Lyon-2 (Fran-
ce) lui propose de donner un cours
d’économie de la discrimination
dans le cadre d’un master nouvel-
lement créé.
En décembre 2010, sa participa-
tion à un débat du Cercle du Li-
bre Examen de l’ULB sur la liberté
d’expression fait de lui la cible de
multiples attaques de la part de
membres du corps académique et
d’autres associations communau-
taires. Ce qu’on appelle désor-
mais «l’affaire Souhail Chichah»
s’envenime : elle expose en plei-
ne lumière les contradictions de
l’Université quand elle est mise
au défi de mettre en pratique les
valeurs qu’elle proclame.
Cette polémique n’est sans dou-
te pas close. Elle a déjà suscité
la création du CRI — Collectif de
Réflexion Indigène, qui rassem-
ble des personnes d’âges et de
parcours socio-professionels très
différents afin de réfléchir, à
partir de leurs expériences, à la
place réservée en Belgique et en
Europe aux descendants de l’im-
migration postcoloniale.
Que Souhail Chichah en soit un
membre actif n’est pas étonnant.
 
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