Souhail chichah interviewé par le journal le ‘Le Soir’: « Souhail Chichah, après le bla-bla »

Souhail Chichah, après le bla-bla

METDEPENNINGEN,MARC

Page 31

Samedi 18 février 2012
source: http://archives.lesoir.be/souhail-chichah-apres-le-bla-bla_t-20120218-01U4WL.html

Le chercheur de l’ULB,acteur contesté de la « Burqa bla-bla » à l’ULB, réfute les arguments de ses détracteurs.

Souhail Chichah, une semaine après votre « Burqa Bla-bla » à l’ULB, le politique, les médias, le monde académique vous ont, à la quasi-unanimité, condamné. Vous êtes surpris par cette levée de boucliers ?

Terriblement surpris. Pour moi elle exprime une véritable hystérie raciste. Que des gens aillent jusqu’à pétitionner pour demander mon licenciement (NDLR : 4.500 signatures); qu’un juriste comme Me Uyttendaele dise qu’il faut exclure Chichah (de l’ULB) : il faudrait peut-être rappeler à ce brillant juriste les notions de présomption d’innocence et de droit à la défense. Que des gens demandent qu’une commission disciplinaire soit organisée pour juger ce que j’ai fait, ça, je l’entends bien, mais que déjà on anticipe la comparution devant la commission disciplinaire pour demander la sanction, on n’a même pas fait ça pour Dutroux ! Ce qu’on me reproche à juste titre, c’est d’avoir participé à un chahut. Ce qu’on me reproche injustement, et je peux le démontrer, c’est d’avoir censuré Caroline Fourest.

Votre intention était quand même de ne pas la laisser s’exprimer ?

Mon intention n’était pas de l’empêcher de parler. Sur les vidéos tournées, le président de séance Guy Haarscher me prend à partie nommément. Il a cette phrase terrible : « J’ai toujours su que vous aviez une burqa dans la tête. Merci pour votre coming-out». Cette phrase est surtout inacceptable dans la bouche d’un collègue. Pourquoi est-ce qu’il le fait ? Très certainement pour discréditer ma parole. J’en ai appelé à la solidarité de la salle en scandant « burqa bla-bla » et j’ai entamé l’exposé de mes motifs. Qu’est ce qui motive le chahut ? Le problème, ce n’est pas l’extrême droite, mais bien les thèses d’extrême droite. Et le fait qu’elles soient reprises par des gens qui se disent à gauche ne les rend pas plus honorables. J’interpelle Mme Fourest sur son texte « The War for Eurabia » (un article publié dans leWall Street Journal en 2005), elle fait un signe à la régie et mon micro est coupé.

Vous n’auriez pas pu prendre la parole lors de la partie questions-réponses de ce débat ? Pourquoi cette action démonstrative ?

Pour, d’abord, le double standard en matière d’expression à l’Université. Il n’est pas normal que des gens puissent avoir une tribune libre ou au contraire être censurés en fonction de leur condition sociale. J’accuse l’Université, j’accuse le recteur, de m’avoir déjà censuré et de ne pas s’être émus lorsque Sosnowski et ses comparses ont chahuté la conférence à laquelle je participais (en septembre) et qui s’est terminée aussi abruptement. Là, ça n’a ému personne.

Deuxièmement, je crois qu’on peut discuter si Fourest est raciste ou pas. Les participants pensent qu’elle est raciste. La thèse développée par son article « War for Eurabia » est portée par toutes les extrêmes droites. Je rappelle que le terme Eurabia revient comme un refrain dans les écrits de Breivik (le tueur norvégien, NDLR). Je ne dis pas que Mme Fourest est raciste. Je dis que ses énoncés sont racistes. Que cet article est musulmanophobe. Que Mme Fourest ne fasse pas l’objet d’un débat contradictoire, c’est choquant. C’est cela qui provoque la colère des participants.

Vous dites promouvoir la liberté d’expression et être favorable à de vrais débats. Ce soir-là, ça a raté.

Ça m’a fait penser à ces scènes de football où l’attaquant ne pouvant pas marquer le but se laisse tomber pour réclamer un carton rouge contre son adversaire. A un certain moment, le recteur a annoncé la suspension des débats. Les manifestants ont quitté la salle. Rien n’empêchait le débat de reprendre. Nous condamnons le fait que les autorités académiques ont décidé d’arrêter ce débat. S’il y a un espace où les chahuts ont leur place, c’est dans les universités et dans les parlements.

« Burqa Pride », ce titre était une manière de mettre en cause l’homosexualité de Caroline Fourest ?

Absolument pas. Je dénonce clairement l’homophobie. C’est un racisme. Au même titre que le sexisme, l’antisémitisme, la musulmanophobie.

Ça veut dire quoi, « Burqua bla-bla » ?

C’est le titre d’un article de Serge Halimi, du « Monde diplomatique ». La Burqa bla-bla, c’est dire que le cœur de la discussion publique est occupé par des discussions marginales. En Belgique, la burqa n’est portée que par 30 personnes. Ce débat voile les questions principales actuelles que sont le chômage, la pauvreté, les pensions, l’éducation, les acquis sociaux. Les victimes du burqa bla-bla, ce ne sont pas les musulmans, c’est la société, les travailleurs, les pensionnés.

Vous parlez de social, mais vous vous en référez – islamophobie et musulmanophobie – à des discriminations en raison de la religion.

Il y a deux éléments dans la communication. Il y a le rejet du racisme. Et le rejet du racisme comme discours de crise. Il n’est pas étonnant que, comme dans les années 30, l’arabophobie au point de vue de la forme, c’est aujourd’hui comme l’antisémitisme d’alors.

C’est un engagement religieux de votre part ?

Je ne me dis ni musulman ni non-musulman. Soit on me dit que la religion participe du débat public et j’en parle. Soit on me dit qu’elle ne participe pas et je n’en parle pas. Ma position est politique. Je n’énonce rien de religieux. Ma posture est anticapitaliste et elle lutte contre l’indigénat, contre l’infériorisation sociale de l’immigration post-coloniale. Ce que je souhaite pour les descendants de l’immigration, c’est qu’on ne leur colle plus une étiquette religieuse. Vous avez vu l’étiquette dont on m’a affublé : intégriste et islamique !

Vous allez à la mosquée ?

Non, je n’ai aucune pratique religieuse. Mais j’ai un combat religieux, c’est la justice sociale. Je suis toujours du côté des dominés. Dans les années 30, je me serais défini comme juif. Tant qu’il y aura de la musulmanophobie, je me définirai comme musulman. Dans une enceinte homophobe, je suis pédé. Face à un sexiste, je suis une femme.

Au sein de la communauté musulmane, n’y a-t-il pas une victimisation excessive ?

La réalité est celle-là : 56 % de pauvreté, 53 % de taux de chômage.

C’est la faute à qui ?

Ma spécialité c’est l ’économie de la discrimination. Ma thèse de doctorat montre que le capital scolaire joue contre la chance d’emploi pour différentes populations. Et a contrario, le fait de ne pas avoir fait d’études joue pour elle. Par exemple, si on est représenté comme noire, c’est parfait pour être madame pipi, car ce qui intéresse l’employeur pour des tâches non qualifiées, c’est le bas salaire. Pour les tâches qualifiées, ce sont ceux qui ont le meilleur capital social qui sont privilégiés.

Vous en êtes le contre-exemple ?

Oui et non parce qu’en tant qu’intellectuel, je n’ai pas les mêmes droits à l’ULB que quelqu’un d’autre.

C’est quoi cette notion d’indigénat ?

C’est refuser à des gens de participer à la production de normes sociales au nom de leur généalogie. Le Blanc, à l’inverse, ne doit pas justifier de sa généalogie pour participer au débat public. Il sera peut-être contesté pour son origine sociale ou son éducation. Le Blanc est le complément de l’Indigène. Je me bats pour qu’il n’y ait plus de Blancs et d’Indigènes, dans un monde où ces mots n’auront plus de sens.

On vous reproche d’avoir soutenu Dieudonné, l’humoriste tombé dans l’antisémitisme…

Lorsque j’ai entendu le premier énoncé raciste dans la bouche de Dieudonné, je l’ai condamné.

Vous avez été invité à Téhéran ?

Oui, j’étais invité à parler à l’Université des approches idéologiques au cinéma. J’ai appris par hasard qu’un prix devait être remis à Faurisson (le révisionniste) et je n’ai donc pas fait le voyage.

Souhail ChichahSouhail Chichah est assistant et chercheur en « économie de la discrimination » à l’ULB.

Souhail Chichah

Souhail Chichah est assistant et chercheur en « économie de la discrimination » à l’ULB. Fils d’une famille ouvrière de Tubize, il fut d’abord couvreur avant d’entamer des études à l’Institut Solvay. Il donne aussi cours à l’Université de Lyon. Il a 43 ans.

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